Mental & discipline

Comment être discipliné : la méthode qui m'a sorti de 114 kg

Par Chaker Alouni · 29 juillet 2026 · 10 min de lecture

Être discipliné ne demande pas plus de volonté, ça demande moins de décisions. La discipline est un système qui se construit, exactement comme la force : par des protocoles progressifs, pas par des citations inspirantes. J’ai pesé 114 kg ; je me suis qualifié aux CrossFit Games. Entre les deux, il n’y a pas eu un « déclic », il y a eu une méthode. La voici.

Pourquoi la volonté ne suffit jamais ?

Parce que la volonté est une ressource qui fluctue, avec ton sommeil, ton stress, ta glycémie, ta journée. Compter sur elle pour t’entraîner à 6 h du matin, c’est comme construire une maison sur la météo.

À 114 kg, j’étais persuadé d’être un problème de motivation. Faux : j’étais un problème d’architecture. Chaque jour, je renégociais tout, j’y vais ? maintenant ? demain plutôt ?, et chaque négociation était une occasion de perdre. Le jour où j’ai arrêté de négocier avec moi-même, tout a changé.

Ma formation d’ingénieur m’a donné le cadre : quand un process échoue de façon répétée, on ne blâme pas l’opérateur, on redessine le process.

Protocole 1 : décide une fois, exécute mille fois

La discipline commence par la suppression de la décision. Mes séances d’entraînement ne sont pas des intentions, ce sont des rendez-vous dans l’agenda, même statut qu’une réunion avec un client ou un rendez-vous médical : jour, heure, contenu, non négociable.

Applique-le cette semaine : ouvre ton agenda, pose tes 3 séances comme des blocs fixes, au même horaire chaque semaine si possible. La question « est-ce que j’y vais ? » ne doit plus exister, il ne reste que « qu’est-ce que je fais une fois là-bas ? », et ça, c’est le travail du programme.

Protocole 2 : le minimum non négociable

Le piège classique : viser la séance parfaite, et ne rien faire les jours où elle est impossible. Le système inverse fonctionne : un plancher ridiculement bas, tenu tous les jours désignés, sans exception.

Mon plancher pendant la remontée : bouger 20 minutes. Pas « faire une vraie séance », bouger 20 minutes. Les bons jours, ces 20 minutes devenaient 90. Les mauvais jours, elles restaient 20, et la chaîne ne cassait pas. C’est la chaîne qui construit l’identité, pas l’intensité d’un jour donné.

Le plancher n’est pas là pour te faire progresser physiquement. Il est là pour que tu ne redeviennes jamais quelqu’un qui n’y va pas.

Protocole 3 : l’environnement bat la volonté

Chaque tentation visible est une dépense de volonté, et ta réserve est limitée. Alors ne te bats pas contre ton environnement, redessine-le :

  • Réduis la friction de la bonne action. Sac de sport préparé la veille, posé devant la porte. Chaussures de course visibles. Programme de la séance déjà écrit.
  • Augmente la friction de la mauvaise. Téléphone hors de la chambre (le sommeil est une fondation, pas un luxe). Rien à grignoter d’industriel dans les placards : la discipline alimentaire se joue au supermarché, pas à 22 h devant le placard.
  • Choisis la pièce et les gens. On devient la moyenne de son environnement. C’est le vrai secret des box de CrossFit : à 6 h du matin, tu viens parce que les autres sont là, l’environnement s’entraîne à ta place.

Protocole 4 : chaque répétition est un vote

La discipline durable n’est pas comportementale, elle est identitaire. Tu ne « fais » pas du sport, tu es quelqu’un qui s’entraîne. La nuance semble cosmétique ; elle est structurelle : on négocie avec un comportement, jamais avec une identité.

Chaque séance honorée est un vote pour cette identité. Chaque plancher tenu un jour de fatigue en est deux. Au début, tu votes sans y croire ; au bout de quelques mois de votes, la question de la motivation n’existe plus, sécher une séance serait aussi étrange que de ne pas te brosser les dents.

Protocole 5 : mesure, sinon c’est une opinion

Un principe que je tiens de l’ingénierie et que le combat m’a confirmé : ce qui n’est pas mesuré dérive. Tiens un journal d’entraînement (charges, temps, ressenti, 2 minutes par séance) et un tableau de bord de tes fondations : séances honorées, heures de sommeil, minutes d’inconfort volontaire choisies (froid, effort long, tâche repoussée).

La mesure fait deux choses : elle rend la progression visible les semaines où le miroir ne montre rien, c’est le carburant des mois 2 à 6, et elle t’empêche de te raconter des histoires, dans les deux sens.

Par quoi commencer, concrètement ?

Une seule habitude. Pas cinq, une, celle qui entraîne toutes les autres (pour la plupart des gens : l’entraînement, parce qu’il tire le sommeil, l’alimentation et la confiance derrière lui). Pose les rendez-vous dans l’agenda, fixe le plancher, prépare l’environnement ce soir, et note chaque vote. Rendez-vous dans 66 jours.

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Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour installer une habitude ?
L'étude de référence (Lally et al., University College London, 2010) mesure une moyenne de 66 jours pour qu'un comportement devienne automatique, avec un éventail réel de 18 à 254 jours selon la personne et la complexité de l'habitude. Retiens l'ordre de grandeur : ce n'est ni 21 jours ni une vie. Donne-toi 2 à 3 mois par habitude, une à la fois.
La motivation ne sert donc à rien ?
Si, comme carburant de démarrage. La motivation est excellente pour commencer et nulle pour durer, parce qu'elle fluctue avec le sommeil, le stress et la météo. Utilise-la pour construire le système ; ensuite, c'est le système qui te porte les jours sans.
Être discipliné, n'est-ce pas devenir rigide ?
C'est l'inverse. La discipline s'applique à 3 ou 4 fondations (entraînement, sommeil, travail profond) et libère de l'énergie mentale pour tout le reste. Les gens rigides sur tout n'ont pas de système, ils compensent son absence par du contrôle permanent.
Que faire quand on a raté plusieurs jours ?
Appliquer la règle des deux jours : rater une fois est un accident, rater deux fois est le début d'une nouvelle habitude, celle de rater. Le jour où tu reprends, réduis la taille de la tâche (le minimum non négociable), pas l'exigence de présence.

Écrit par Chaker Alouni, athlète des CrossFit Games 2019, 3× équipe de France amateur de MMA, ingénieur INP-Phelma, fondateur de CrossFit Giants (1 300 m², Saint-Ouen-l'Aumône).

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